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REPUTES FEROCES, LES ROTTWEILLER, LES PITBILLS NE SONT A L’ORIGINE QUE DE 2% DES MORSURES REPERTORIEES CHAQUE ANNEE EN FRANCE
Comment le meilleur ami de l’homme peut-il se transformer en assassin ? Cinq évènements dramatiques viennent relancer la polémique sur la dangerosité des chien. Le 31 mai près du Havre, un molosse de première catégorie a attaqué un garçonnet de 8 ans. L’animal –qui appartiendrait à la classe des chiens d’attaque regroupant les plus dangereux tels les pitbulls et les boer bulls -, lui a sauté à la gorge, le touchant mortellement à la carotide.
Trois jours plus tard, le 3 juin, au Bourget, près de Paris, un garçon de 7 ans a été mordu par un Rottweiller. L’enfant a perdu l’usage d’un œil. Le 9 juin, un bébé de 17 mois a été agressé par le chien de son cousin dans une cité de Sevran, en Seine-Saint-Denis. Elle n’a pas survécu à ses blessures. Enfin dans les Landes une femme de 88 ans a, elle aussi été sérieusement blessée par un chien d’attaque.
Devant l’émotion ressentie par la population, le ministre de l’intérieur a planché sur le renforcement des dispositions de la loi de 1999. Il a ainsi autorisé les préfets à procéder « au cas par cas » à l’euthanasie des chiens dangereux et intensifié les contrôles de police. De plus, le conseil des ministres a décidé la mise en place immédiate d’un groupe de travail interministériel sur la question. Ce groupe formulera avant le 1er juillet, des propositions visant à mieux protéger les personnes « notamment en renforçant la responsabilité juridique du gardien du chien et en élargissant le domaine des mesures d’interdiction ».
Les services judiciaires essaieront, quant à eux, d’être plus efficaces dans la lutte contre le trafic d’animaux dangereux. Des infractions que les parquets ont étés invités à poursuivre avec «rapidité et fermeté». Le gouvernement envisage « d’interdire certaines races de chiens qui sont actuellement autorisés en France et qui ne le sont pas dans d’autres pays européens », a annoncé le ministre de l’Agriculture et de la Pêche Dominique Bussereau. Il n’a cependant pas précisé de quelles races il s’agirait, évoquant seulement des « croisements ».
Depuis 2000 et la déclaration obligatoire que les propriétaire doivent faire en mairie, les autorités estiment aujourd’hui a plus de 8000 les chiens de catégorie 1 et à près de 71 000 ceux de catégorie 2. Toutefois certains pensent inutile de renforcer les dispositions répressives. « La loi de 1999 avait déjà bien fonctionné dans ma ville », constate Pierre Cardo, député maire de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines) et propriétaire de deux grands chiens. L’Elu UMP précise même qu’en 2001, juste après l’adoption de la loi de 1999, 3 837 chiens dangereux et 19 640 chiens de seconde catégorie ont été déclarés sur l’ensemble du territoire pour 8 227 infractions. En 2004, les déclarations n’étaient plus respectivement que de 1 243 et de 16 612 et le nombre d’infractions aurait chuté à 5207.
Si l’on oublie pas les drames récents, ces molosses sont-ils dangereux ? Des études statistiques effectuées sur dix ans dans huit hôpitaux ont mis en évidence que les morsures de chiens sur les enfants représentent 2% des accidents domestiques. Certes, ceux qui mordent sont principalement des gros gabarits (tel le Berger Allemand). Mais la plupart de ceux réputés féroces –Dobermans, Rottweillers, Pitbulls- ne constituent qu’une minorité de l’ensemble des morsures (2%), même si les lésions sont plus spectaculaires.
« C’est vraiment du délit de sale gueule ! » Le gouvernement a beau montrer les dents, Joël Dehasse n’en démords pas, « ces lois sont imparfaites ». Vétérinaire comportementaliste et auteur du best-seller Mon animal a-t-il besoin d’un psy ? (Odile Jacob), ce Bruxellois ne mâche pas ses mots. « Sept cent morsures de chiens sont enregistrés chaque jour en France, soit 255 000 par an, mais les médias ne montent en épingles que certaines d’entre elles ! A-t- on parlé du Bichon qui a arraché le nez de sa propriétaire ? »
Quant à Serge Belais, président de la SPA, il rappelle que la « greffée du visage avait été attaquée par son Labrador » « Numériquement, ce sont eux les plus dangereux, reprend Joël Dehasse. Parce qu’on ne s’y attend pas. Plus la différence est grande entre la perception qu’on a d’un chien et sa réalité, plus le danger est important. Ce compagnon passe pour être un ami des enfants. Or il ne l’est pas plus qu’un molosse. Du coup, chasser les chiens dangereux en fonction de leur race est injuste. Tous les chien ont une arme dans leur gueule. Un caniche royal, de même poids qu’un pitbull, peut faire autant de dégâts.
Le Rottweiller est passé de 25 à 50 kilos en vingt ans, c’est un problème. Si vous me donnez cinq ans, je vous fait un labrador de combat, ou même un chihuahua tueur en le croisant avec un jack russel. Les chiens défendent un territoire, comme le loup dont ils sont les descendants. Ensuite, l’animal exerce un tri entre les personnes qu’il connaît et celles qu’il ne connaît pas. C’est basique, mais c’est ça. Imaginez un homme armé avec le QI d’un enfant de 3 ou 5 ans et vous pourrez comprendre la réalité de tes chiens qui, dans le doute, préférerons toujours attaquer ».
Les spécialistes s’accordent sur le fait que le vrai problème est à l’autre bout de la laisse. Ainsi Joël Dehasse estime « qu’une population plus marginalisée, qui veut se montrer plus dangereuse qu’elle ne l’est, peut être amenée à dresser des chien d’attaques ». Pour cela, il suffit de « casser » la socialisation du chien en séparant rapidement les chiots de leur mère et en entretenant des rapports violents avec eux. Par exemple, on les bats dès qu’il font mine de se soumettre ou dès qu’ils cessent de mordre. Lorsqu’ils sont adultes, de tels chiens attaquent facilement…
Elaborer un permis de détention
« D’autant que les pitbulls continuent a naître en France ! dénonce Serge Belais, le président de la SPA. On en trouve pour des sommes allant de 400 à 600 euros sur Internet ou dans les petites annonces des journaux gratuits ! Par ailleurs, avec la police, on a récupéré trois cents chiots en Saône-et-Loire. Ils venaient de l’Est, au risque de réintroduire la rage en France. La sanction pénale est très faible et les revenus sont élevés. Ce n’est pas pour rien que le trafic d’animaux est le troisième après ceux de la drogue et des armes ».
« Organiser un génocide de chiens ne mènera à rien, reprend Joël Dehasse. Dès que le rottweiller sera interdit, certains dresseront des dobermans, comme le fesaient déjà les nazis. » Même constat du côté du député Pierre Cardo : « Arrêtons avec les races. Cela ne signifie rien. Tous les chiens sont potentiellement dangereux. En Allemagne, on établit leur dangerosité selon leur poids, c’est plus juste. » Sa solution ?
« Enseignons ce qu’est un chien à l’école et contrôlons la profession de dresseur pour commencer. Les lois actuelles sont imparfaites. » Les défenseurs de la race canine, notamment des associations comme 30 millions d’amis, plaident pour l’élaboration d’un permis de détention : « les candidats seraient alors jugés sur leurs connaissances des chiens et leur aptitude à les élever. » Une proposition jugée « sage et intéressante » par de nombreux élus, qui pourraient bientôt la formaliser à l’Assemblée Nationale.
Antoine de Tournemire
sources: http://www.gsam.biz/-f31/molosses-pas-vraiment-le-plus-dangereux-au-final-t2303.htm